vendredi 25 mars 2011

I SAW THE DEVIL - Kim Jee-woon




La femme de Soo-hyun est victime de Kyung-chul, un serial-killer particulièrement sadique.
Soo-hyun, qui est agent secret ou un truc comme ça, est bien décidé à la venger.
Il retrouve très rapidement le tueur, le maîtrise, et décide, plutôt que de l’achever, de lui faire subir en pire ce qu’il a fait subir à se femme. Il pose dans Kyung-chul inconscient (oui dans...) une puce GPS munie d’un micro.
Mais jusqu’où est-il prêt à aller pour assouvir sa vengeance ?

Kim Jee-woon est le réalisateur de, entre autres, 2 Soeurs (histoire de fantôme visuellement réussie mais chiante et incompréhensible), A Bittersweet Life (polar hard-boiled violent) et Le Bon, la Brute, le Cinglé (western se déroulant en Chine, ultra-référentiel, foutraque mais totalement jouissif).
Il fait partie, avec Park Chan-wook (Old Boy, Sympathy for Mister/Lady Vengeance) et Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host), de la nouvelle vague coréenne.

«Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même.» F. Nietzsche

Les films de vengeance sont légion. Dans nombre d’entre eux le héros qui veut se venger sombre peu à peu dans une sorte de côté obscur, ou il utilise la même violence que celle qui l’a amené sur ce chemin. Et souvent, il s’en sort à la fin, retrouve son humanité, n’achève pas le vilain mais le remet à la justice, ou autre artifice qui permet de sauvegarder ou de restaurer la morale...
Rarement, pour ne pas dire jamais, un film de vengeance n’aura été aussi loin que ce I saw the devil.

Pour commencer on a un tueur en série qui viole puis démembre ses victimes. Un homme sans morale, sans limite, que rien n’arrête. Il est magistralement incarné par Choi Min-sik (le Old Boy) dont la prestation sans faille glace les sangs. Même si la limite entre performance géniale et cabotinage n’est jamais loin...
Puis il y a Soo-hyun, incarné par Lee Byunh-hun (un des meilleurs acteurs coréens vu dans A bitter..., Le Bon... et dans le moisi GI Joe - Le Réveil du Cobra) excellent lui aussi en homme qui a sombré pour de bon.
Celui-ci, froid et monolithique pendant quasiment toute la durée du film, va aller jusqu’au bout de sa vengeance, jusqu’au bout du but qu’il s’est fixé : faire souffrir l’autre. Et rien ne l’arrêtera, ni les flics qui sont après le tueur, ni sa belle-famille qui lui demande d’abandonner.
Jusqu’à la scène finale d’une cruauté psychologique et morale incroyable.
Ce sont deux personnage à la psychologie figée, rigide, qui n’évoluent pas, même si Soo-hyun laisse parfois sortir sa tristesse.
Et à chaque rencontre il laissera libre cours à ses pulsions.
Et à chaque rencontre on assistera à un déchaînement de violence inouïe.

Parce que oui, ce film est violent. Ultra-violent, même. Quelque chose de rarement vu au cinéma.
Et je ne parle pas des films gores, des productions allemandes crades, des films japonais déviants... Je parle d’une violence sèche, brutale, frontale, qui peut éclater à tout moment. Et à ce jeu, le tueur en série n’est pas forcément le plus fort... Kim a même eu des problèmes avec la censure de son pays, pourtant riche en films violents.
On a donc droit à notre lot de scènes tétanisantes, éprouvantes, pas forcément très sanglantes (mais quand même) mais surtout très réalistes.
La question pourra se poser : ce débordement de violence est-il utile ? On pourrait dire non. Mais on pourrait aussi objecter que c’est pour mieux nous montrer à la fois le sadisme du tueur et la profondeur de l’abysse dans lequel tombe le héros qui devient plus violent que sa proie...
A chacun son interprétation.
Quoi qu’il en soit, lecteur, j’insiste : ce film est vraiment, vraiment violent...

Une des grandes qualités de ce film c’est aussi son aspect visuel.
La photo est vraiment superbe et la réalisation tout à fait magistrale, voire virtuose.
Les cyniques, blasés et autre peine-à-jouir traiteront Kim de frimeur. Et oui, peut-être, à l’occasion d’une scène, inutile en elle-même, lorsqu’il filme dans un travelling circulaire un combat foudroyant dans une voiture en marche, on pourrait le taxer de poseur ou de frimeur. Mais je préfère mille fois un frimeur assumé qui dynamite son film qu’un académique pompeux type Ron Howard...
Mais cette scène, malgré le plaisir viscéral qu’elle procure, ne masque pas la qualité de la mise en scène de Kim, toujours lisible y compris dans les scènes d’action.
Et de beaux plans séquences...

Ajoutons une musique totalement au diapason qui ajoute encore à la tension.

On pourrait lui reprocher des personnages secondaires totalement creux (les flics qui poursuivent le tueur, le copain du héros qui lui donne un coup de main mais dont on ne sait rien, ni qui il est ni d’où il sort), une vision assez glauque de la Corée rurale où on croise un tueur psychopathe à chaque coin de route (voir le film pour comprendre...), certaines facilités scénaristiques, et même l’absence de réflexion sur le bien/le mal, sur l’auto-justice, cette même rigidité psychologique que j’évoquais plus haut.

Mais fichtre ! Des films intenses comme ça, qui vous prennent, vous baladent, vous scotchent, vous éprouvent, y’en pas tous les jours et ça serait dommage de cracher dans la soupe...
I saw the devil est un excellent thriller, un excellent film tout court, pas du genre aussitôt vu-aussitôt oublié et qui restera dans votre mémoire, comme il reste dans la mienne.

A noter qu’il doit sortir en France en juillet, sous le titre de J'ai rencontré le diable, probablement dans une combinaison de salle ridicule parce que les Français préfèrent les films formatés pour passer en prime sur TF1, et probablement dans une version censurée pour ne pas écoper d’une interdiction au moins de 18 ans...
Je le reverrai bien à l’occasion...


1 commentaires:

Fili de Monte-Cristo a dit…

L'histoire, telle que tu la racontes, me rappelle énormément Law Abiding Citizen de F. Gary Gray. En gros (dans l'hypothèse improbable où tu ne l'aurais pas vu), des crapules violent et tuent la femme et la fille d'un homme qui s'avère être un agent secret : le séduisant (arf) Gérard Butler. Très efficace, cet homme fera subir les pires horreurs aux tortionnaires de sa famille (très belle scène de vividécoupage, entre autres...)

Là aussi, c'est un déchaînement de violence et de cruauté. Là non plus, l'agent secret ne retrouvera jamais son humanité, et ira jusqu'au bout de sa vengeance sans le moindre scrupule.

La grande différence entre les deux films, c'est que le réalisateur américain, contrairement au cinéaste coréen, n'adopte pas le point de vue de l'agent secret, mais celui d'un policier qui, lui, est bien entendu partagé entre sa volonté de respecter la loi et la compassion qu'il ressent pour cet homme qui a tout perdu. De ce fait, ce film n'est sans doute pas aussi subversif que celui de Kim Jee-woon.

Enfin, tu évoques le talent de Choi Min-sik. Je l'avais trouvé très bon dans Old Boy, même si son jeu peut être assez déconcertant pour un public occidental...
Mais je dois reconnaître qu'il est parfait en chien !

Merci pour ta chronique. Un vrai plaisir de te lire.